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Ou vont les centimes impayés du PMU.

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centimes impayés du pmu

Dès 1896, un décret affectait le produit des tickets impayés aux œuvres d’assistance et de prévoyance ; six ans plus tard, la sagacité d’un inspecteur du pari mutuel, M. Cartier-Saint-René, entraîna une modification du règlement applicable aux sociétés de courses qui faisait obligation de verser ‘les pertes sur les centimes’ avec les impayés. Et il en sera ainsi pendant des décennies. Après la Seconde Guerre, des tableaux mensuels de recension des ‘bénéfices centimes’ sont répertoriés chaque année.

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 L’enthousiasme populaire du Tiercé, lancé en 1954, aura longtemps résisté aux avanies d’un destin trop souvent contrarié. L’avidité financière de l’Etat gaulliste d’abord, qui décide un accroissement progressif des prélèvements sur les mises des joueurs –de 13.5 %  en 1958 à plus de 30 % au début des seventies –, c’est-à-dire l’instauration d’un système de jeux où la grande masse des joueurs non-initiés est assurée de perdre ses mises. Puis encore deux décennies de scandales à répétition, les courses truquées et les procès, provoqueront un contrôle renforcé et la limitation des possibilités de jeux.

Le personnel des Institutions hippiques a déjà largement bénéficié des retombées de la manne du Tiercé. Sa soumission était acquise et solidement entretenue sous la férule de Monsieur Jean Ramonet, 'Romanov' pour ses congénères professionnels, le tout puissant Directeur général à rallonge de la Société d’encouragement ; une collaboration active et discrète au prix d’augmentations de salaires phénoménales – nous y reviendrons –. Mais pour garantir son fidèle dévouement sur la durée et la prise en main des jeunes recrues immatures, 'le despote du turf’ décida d’un avantage acquis sur le long terme, en toute illégalité, en affectant le pactole annuel des ‘bénéfices centimes’ à l’Organisme de retraite et de prévoyance des employés des sociétés de courses (ORPESC) et à l’Association de formation et d’action sociale des écuries de courses (AFASEC). Une initiative qui ne suscita la moindre réserve !

 En 2003 pourtant, la Cour des comptes s’étonnait enfin du versement au bénéfice des retraités et des apprentis de ces ‘gains non réclamés’ – précaution sémantique oblige : les tickets impayés + les ‘centimes’ –. Les joueurs, acheteurs de tickets anonymes, ces ‘gains non réclamés’ constituaient des ‘biens sans maître’ qui appartenaient à l’Etat (art. 713 du code civil). Dont acte. Personne n’entendait toucher à cet ‘avantage acquis’ d’un personnel choyé qui participait si activement, en toute connaissance de cause, à la spoliation éhontée des turfistes.

En 2006, « Un scandale l’affaire des centimes, s’indignait Mayeul Caire (p.153 de son best-seller ‘Gagnant ! Portrait d’un parieur professionnel’). Que deviennent ces centimes d’euros ? C’est le secret le mieux gardé de Bercy. Il alimente les caisses de l’Etat et personne ne propose de solution.» Monsieur Caire fraye depuis quelques années avec l’élite du galop : qu’attend-t-il donc pour dénoncer le scandale des centimes ?

La loi du 12 mai 2010, relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne, changeait la donne : d’une part, l’ouverture de comptes de jeux levait l’anonymat de leurs titulaires auprès des opérateurs ; d’autre part, les gains sont payés par virement automatique sur les comptes des joueurs – les cotes sont, depuis toujours, calculables au ‘centime’ près –, rien ne s’opposait au paiement des gains hippiques au centième. Le PMU persista dans son ‘vol caractérisé’ d’un règlement au dixième qui spolie les parieurs de plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année ! D’autant que les sept autres opérateurs de paris hippiques, eux, règlent les gagnants au ‘centime’ près. Et, le PMU.fr, lui-même, se conforme à cette règle du calcul au centième..., mais pour les seuls paris sportifs !..., Et prélève à qui mieux-mieux plus de 26 % d’impôts et de commissions sur les mises des paris hippiques..., alors que celles de ses paris sportifs sont réduites à moins de 20 % ! De qui se moque-t-on, enfin ?

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A l’automne 2014, les ministres de l’agriculture et du budget entérinèrent l’accord collectif du 22 avril 2014 portant réforme du régime des assurances retraites supplémentaires du personnel du PMU et des Sociétés de courses (ARS). C’est-à-dire la légitimation du recel par le PMU des ‘centimes’ volés aux parieurs.

Le Plan PMU 2020 exigeait un décret d’application des ministères de tutelle, à paraître le 25 mars 2015. En effet, la dévolution de pouvoirs aux Société mères sur les société locales est la condition sine qua non de la restructuration qui se profile en filigrane du Plan – la diminution de 385 courses du programme des hippodromes de provinces dès 2016 est un ballon d’essai avant la fermeture définitive de structures non rentables –.

Le 20 mars 2015, cinq jours avant la publication du décret au Journal Officiel, les ministres Le Foll et Eckert adressent une lettre aux présidents de France Galop et du Cheval Français.

Une lettre qui attire l’attention : pas besoin d’être grand clerc pour en interpréter le sens. Fous furieux, ils l’étaient les ministres, de la traîtrise de Monsieur Bertrand Bélinguier siégeant sur l’estrade de l’hippodrome de St Cloud, au beau milieu des maires des Hauts-de-Seine, qui s’opposent à  la volonté du gouvernement d’affecter les 25 hectares de cet hippodrome à la construction de 6 000 logements sociaux.

La lettre des ministres évoque rapidement le déficit budgétaire prévisionnel 2015 du PMU, rappelle opportunément la participation des présidents des Sociétés mères au Comité stratégique des courses hippiques – où il est notamment traité des investissements et donc des hippodromes – : « A cet égard, fulminent les ministres, nous tenions à nouveau à saluer la signature de l’accord sur la fermeture du régime d’allocation de retraite supplémentaire. »...Le quidam n’associera pas forcément le rapport entre le budget prévisionnel, le Comité stratégique et les retraites complémentaires du personnel !... Car il s’agit d’un vert rappel à l’entente confidentielle entre le gouvernement Valls et les dirigeants de l’Institution : la légalisation du vol des ‘centimes’ en échange d’une cession de Saint-Cloud ou de tout autre hippodrome parisien sous administration des Sociétés mères.

Le décret signé du premier ministre est publié en catimini le 25 mars 2015 et légalise, comme promis, le recel du vol des ‘centimes’. Aucun premier ministre avant M. Valls, pas même son camarade socialiste André Mauroy, signataire du décret de 1983 qui formalisait le monopole centralisé des Institutions..., pas plus non plus qu’Alain Juppé, signataire du décret de 1997, qui inaugurait l’ère Lagardère/Bélinguier. Prudents, les anciens premiers ministres ignorèrent de légiférer sur les ‘centimes’. Monsieur Valls, lui, l’immoraliste affairé n’a aucun scrupule ! Son décret du 25 mars l’inscrit sur les tables de la loi : art. 31. II. « Le ministre chargé du budget fixe par arrêté la part du produit des gains non réclamés affectée au financement de l’allocation de retraite supplémentaire et des actions de prévoyance. La fraction restante est versée au budget général de l’Etat. » Et, recopiée in extenso, la précaution sémantique de la Cour des comptes, les ‘gains non réclamés’ amalgamés sous une même appellation..., les millions d’euros de tickets impayés et de ‘centimes’ arbitrairement retenus!...

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 A l’automne 2015, l’hippodrome de Longchamp a fermé ses portes pour deux ans de travaux de restauration, 150 millions d’euros non financés intégralement, qui obèreront les budgets d’investissement à venir de France Galop... Et encore 130 millions d’euros pour la restauration du réseau de Bars-Tabac-PMU et l’installation de milliers de bornes numériques.

Le 7 janvier 2016, une nouvelle lettre des ministres de tutelle aux présidents des Sociétés mères – nouvellement élus ou réélus – revient sur l’entente nouée avec leur prédécesseurs : « L’institution a mené à bien un certain nombre de réformes ou projets de restructuration. L’accord trouvé avec les partenaires sociaux lors de la fermeture du régime des allocations de retraite supplémentaires diminuera les charges de l’Institution, tout en mettant un terme aux risques juridiques soulevés par ce régime. Le GIE PMH, fortement déficitaire, a été dissous..., la filiale Geny, qui générait des pertes, a été cédée...

Nous saluons le travail mené avec les sociétés de courses.... Plusieurs initiatives ont retenu notre attention, comme l’encouragement au développement d’un mode de rémunération plus incitatif afin que ces sociétés fassent davantage appel aux ressources en propre, ou encore la mise en place d’une comptabilité analytique, avec un compte d’exploitation à la réunion, et d’un outil de suivi régulier. » La lecture vulgaire de ce jargon technocratique donne : nous avons légalisé le vol des ‘centimes’, vous avez dissous le PMH, vendu Geny, c’est bien !... ; à l’avenir, les sociétés locales devront s’équilibrer avec leurs propres ressources et vous mettrez en place les outils de gestion qui vous permettront de mesurer leurs résultats financiers qui justifieront ou non de leur fermeture.

Plus loin dans la lettre, au détour d’un paragraphe consacré aux ‘économies à engager sur les structures communes’, une petite phrase revient subrepticement à propos des fameuses retraites : « Le maintien de l’ORPESC, dans sa configuration actuelle, pourrait également devoir être reconsidéré. » En langage courant : si vous n’obtempérez pas, l’art. 31 du décret du 25 mars pourrait-être revu !

 En 2010, Monsieur Philippe Germond était déjà aux manettes du PMU depuis un an ; cinquante-huit ans, diplômé de l’Ecole Centrale et de l’université Stanford aux U.S.A., l’homme est à la hauteur de la situation. Une formalité, le calcul des cotes au ‘centime’ près des paris hippiques ?  – « Trop de problèmes informatiques à résoudre », se moquait-il, sans rire et sous cape, dans une interview ‘Questions- Réponses’ aux lecteurs de Paris-Turf.

Philippe Germond avait été ‘recasé’ à la tête du PMU, nous disait-on alors, quelques mois après sa révocation de la présidence du Directoire d’Atos Origin, pour ‘incompatibilité d’appréciation sur les options stratégiques du Groupe’. Or, en mars 2011, le PMU, sous la direction du même Monsieur Germond, choisit la plateforme d’Atos Origin pour traiter les milliards d’échanges financiers des Bars-Tabacs-PMU, « la volumétrie très importantes de nos flux de trésorerie et le grand nombre de banques avec lesquelles nous traitons, explique Monsieur Gilles Bourron, responsable financier du PMU. Le passage en mode SaaS, en continuité de service et sans impact sur les systèmes et processus existants, va nous permettre de réaliser progressivement les migrations SEPA et de mieux anticiper les évolutions de notre métier dans les années à venir.» Ni vu ni connu, en toute discrétion, une mise en sous-traitance du pan financier du Gie PMU..., une entorse au monopole institutionnel au profit d’Atos Origin, une société internationale de droit privé !... Et nos ‘centimes’ alors ?... – « Trop de problèmes informatiques... », affirmait Monsieur Germond.

Trois petits tours et puis s’en va : Monsieur Germond, mission achevée, Atos Origin bien installée..., trois semaines après sa démission du PMU en 2014, s’est emparé de la direction générale d’Europcar. On parie que les dirigeants des Institutions liquideront bientôt l’imposante flotte de véhicules automobiles qui leur est gracieusement affectée..., pour quelques voitures plus avantageuses, en location chez Europcar ! Restrictions budgétaires obligent, nous dira-t-on.

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Par-ci par-là,  nul problème informatique pour les milliards et les millions d’euros !... Et nos ‘centimes’ alors ?

Et bien, ces ‘centimes’ prétendument ‘non réclamés’ appartiennent aux gagnants, ne vous en déplaise, dès lors que, dûment calculés, ils figureraient sur les tickets de paiement. Les joueurs sont en droit de les revendiquer : ce qui vaut au sportif..., est dû à l’hippique.

Adonc, nous vous réclamons le calcul au centième et le paiement des gains au ‘centime’ près !! Car rien ne justifie le traitement spécial que vous leur réservez pour servir les ‘avantages acquis’ du personnel en retraite des Institutions. Pas même un décret de circonstance, acceptable pour les tickets impayés et non réclamés par les joueurs, mais qui ne dit rien du mode de calcul à appliquer pour les opérations en ligne, ni pour les paiements automatiques sur les comptes joueurs du web ou des bornes numériques, ni pour le rendu monnaie des Bars-Tabac-PMU.